NUANCES

5 février 2020

Le diable est dans les détails et, quand il est question de mots, il est souvent dans les nuances – ou leur absence.

C’est ainsi qu’au sujet du Consentement et de ses qualités littéraires, j’ai utilisé le néologisme « houellebecqophile » ; je ne le retire pas mais j’aurais été mieux inspiré de suggérer « houellebecqomane ». Sachant que je ne suis pas un « houellebecqophobe » primaire, (parce qu’il a de belles pages, un humour décalé, un look décavé, et que sa maman  a été méchante avec lui quand il était petit), c’est la houellebecqomanie qui me pose problème – et la secte des houellebecqomanes avec ses mantras tournants :  Houellebecq « le visionnaire », le « nauséabond », le « maudit », le « grantécrivain » français.

Une chère amie allemande, horrifiée par l’affaire GM, m’écrit que Gallimard  y perd sa crédibilité. Minute, papillon ! Nuance : le gouvernement français, ayant mal préparé sa « grande réforme » des retraites, a perdu  de sa crédibilité. Les éditions Gallimard, ayant soutenu pendant des décennies un serial pédocriminel (et peut-être bien deux, si est exact ce qu’écrit GM d’un des membres du comité de lecture de la rue GG), se couvrent de honte.

Pour clore ce chapitre, j’entends que GM « regrette » ses nombreux voyages aux Philippines.  On peut s’interroger sur la sincérité de ces regrets – voire leur objet(avoir contribué à la déchéance de dizaines de garçons et de filles mineurs ?  Ne pas avoir eu de discount au-delà de la millième sodomisation ?  Ne pas avoir bénéficié d’un upgrade pour sa chambre lors de sa dernière visite ?  Voir la justice s’intéresser enfin à son cas ?) mais cela ne change rien.

Par ailleurs le même GM persiste à répéter   dans  chaque  micro tendu qu’il a vécu une « belle histoire d’amour » avec une jeune fille qu’il a séduite et mise sous emprise à l’âge de treize ans. Il aurait peur d’en salir le délicieux souvenir en lisant son livre, qui exprime un point de vue légèrement divergent.

De son côté (quelle terrible époque de délation !),  M. Gilles Beyer, alias M. O., un entraîneur de patinage artistique n’a « pas les mêmes souvenirs » qu’elle de ses relations intimes avec la jeune  sportive  qu’il a violée régulièrement  quand elle avait entre quinze et dix-sept ans mais lui présente néanmoins ses excuses – l’aurait-il bousculée accidentellement dans un ascenseur  avant une compétition?

Je dois reconnaître que lorsque j’entends des saloperies pareilles, j’ai tendance à soudain manquer de nuance. Sans me prendre pour Vanessa ou Sarah, après leur avoir  retourné une tarte, j’aurais envie de dire à ces deux dégueulasses : vos regrets à la con, vos excuses bidon, vous pouvez vous les mettre dans le tarfion.