MISE EN ACCUSATION

17 août 2018

Les Lilliputiens sont mis à toutes les sauces, on sourit des bagarres entre Petits et Gros-boutiens, mais qui se souvient des géants habitant Brobdingnag, des  obsédés de mathématiques de l’île de Laputa ?

Je n’avais jamais lu les Voyages de Gulliver sinon en français dans des éditions abrégées et illustrées pour les enfants.
Dans mon train quotidien pour White Plains, la joue calée contre une affiche vantant Gulliver’s Gate, la nouvelle attraction de Times Square, je me suis plongé ce mois d’août dans l’intégrale en anglais du chef d’oeuvre de Swift. J’y ai retrouvé la délicieuse fantaisie de mes maigres souvenirs, ainsi que la satire sociale et politique, la dénonciation de la colonisation vantées par les historiens de la littérature. J’y ai  de plus découvert un aspect qui ravirait mon ami Bizot : une mise en accusation féroce de l’espèce appelée homme : cruel, hypocrite, encore plus odieux en «civilisé » qu’à l’état de nature, il est presque toujours et partout – grand ou petit – détestable, et l’on comprend le pauvre Lemuel Gulliver, ayant survécu aux dangers de tous ses voyages, de se réfugier au milieu de ses chevaux en limitant au minimum ses contacts avec ses congénères. Malgré la fréquentation des foules de la gare de Grand Central, ni pires ni meilleures que celles des gares parisiennes, je ne rejoins pas ce Gulliver chauffeur de taxi  jaune, dont le rêve est d’échapper aux « assholes » new yorkais proliférant pour se réfugier sur une île déserte.