AU COUDE A COUDE

15 mars 2009

Depuis Saint-Benoît, nous savons que les escaliers d’humilité se descendent, que son plus haut degré est tout en bas. Les écrivains l’ignorent souvent et c’est dommage. Non seulement on se passerait de quelques exercices d’arrogance et d’exhibitionnisme, mais on se rappellerait que l’humilité, voire l’humiliation, sont nos instruments de travail.

Jean Hougron est un écrivain bien oublié, injustement. Les romans réédités dans la collection « Bouquins » nous le révèlent pourtant comme un écrivain de la trempe de ceux que nous admirons souvent chez les Américains. L’Indochine fut son territoire : il y était allé par hasard pour échapper à l’ennui, il y resta des années, trouvant, nous dit-il, « la matière de vingt romans ». Il nous en reste les deux volumes de « la Nuit indochinoise ».

Dans sa préface, Hougron rapporte que l’élément décisif de son entreprise fut de se complaire dans son statut de « petit Blanc », sans emploi stable, sans drapeau, sans société, sans attache. « J’essuie des rebuffades, des humiliations, des leçons de morale patriotique et on me dit ce qu’on pense de moi plutôt deux fois qu’une, les « Blancs » comme les « Jaunes ». Pour les « Blancs », c’est sûr, je suis franchement indésirable, je nuis, me dit-on, au prestige de la France. »
Pourtant c’est cette position même qui ouvre à Hougron ce nouvel univers et – sans doute – révèle à l’ancien prof d’anglais sa vocation d’écrivain en lui ouvrant ses acteurs, clochards ou notables, soldats et paysans, dans leur vérité nue d’individus, loin des caractérisations, des généralités, des clichés. Avec lui, on sera loin des chromos d’Indochine, à même la terre, à même la sueur. « Rien ne vaut le coude à coude, l’irrespect, le mépris même pour savoir à qui on a à faire. »

Références: La Nuit indochinoise, de Jean Hougron (deux volumes, collection Bouquins/Robert Laffont).