RENTRÉE LITTÉRAIRE

7 octobre 2022

Va savoir pourquoi, au mois de juin, l’idée m’a pris de commander à ma libraire chérie Brouillard sur le pont de Tolbiac, un livre de Léo Malet que je n’avais pas lu, mais dont mon incertaine mémoire avait gardé la trace.

Indice no 1 : il y a des titres comme ça – Brouillard dans la rue Corvisart, le duo Dutronc/Hardy (paroles de Michel Jonasz, musique de Gabriel Yared) est une chanson dont je ne me lasse pas.

Indice n2 : Guy Marchand n’a pas forcément marqué l’histoire du cinéma français quoiqu’il occupe d’excellents rôles secondaires dans Garde à vue, Une belle fille comme moi, et dans Loulou, mais il était Nestor Burma dans la vieille série télé qui adaptait et transposait les aventures du personnage le plus connu de Malet.

Indice n3 : ancien anarchiste et surréaliste, Malet avait été proche d’André Breton ; mon grand-père André Thirion le cite à plusieurs reprises, sans beaucoup de considération, dans ses mémoires Révolutionnaires sans révolution.

Indice n4 : avec le changement climatique, tous ces attributs typiquement parisiens – le brouillard, la pluie – auront bientôt disparu, ne laissant de traces que dans les livres et les films de ces temps révolus où il faisait moche et froid. Il pleut sur Paris dans les Burma comme il neige sur l’Anatolie dans les films du grand Nuri Bilge Ceylan. Différence : les livres de Malet sont longs d’une paire de centaines de pages en moyenne, alors que les films du génial Turc durent trois heures – spoiler alert : la neige se met à tomber au bout d’une heure et demie à deux heures.

Brouillard ne m’a pas déçu et mon été s’est poursuivi avec les Burma que je vous invite, follohoueurs, follohoueuses de mon coeur, à commander chez votre libraire favori, soit dans les éditions de poche (Fleuve noir), soit dans les trois volumes de la collection « Bouquins ».

Je lis doucement, car je prends des notes, j’essaie de faire le tri des adresses réelles ou imaginaires où Nestor m’entraîne dans ses enquêtes : le bar L’île de la Tortue, rue Daunou, a-t-il jamais existé ? et la maison de haute couture Irma et Deniserue de la Paix ? l’hôtel des deux Jumeaux rue de la Tour d’Auvergne ?

De rue en rue, je trouve des traces de ma propre existence.

Dernier indice avant que tu passes commande : moi, je lis pas vite (l’âge, le côté obsessionnel), mais ça se dévore aussi : action rapide, dialogues vifs et drôles, le gars ne traînait pas en route.

 

Références

Brouillard sur le pont de Tolbiac et 120 rue de la Gare (le premier publié en 1943 dans une maison tout juste créée, les éditions Robert Laffont) sont disponibles en Fleuve noir.

Les trois volumes de la collection « Bouquins » proposent les livres plus ou moins dans l’ordre, non de leur publication, mais de la biographie reconstituée de Burma, depuis sa première enquête (Gros plan sur macchabée)jusqu’à la dernière (Nestor Burma dans l’île). L’édition, dirigée par Francis Lacassin et à laquelle Malet lui-même avait participé, est un modèle : le travail de la maîtresse d’oeuvre, Mme Nadia Dhoukar, éclaire et enrichit sans alourdir et les documents complémentaires sont un trésor pour qui, au-delà des romans et du détective, veut sonder la personnalité multiple et fascinante de son créateur.

PS. Au cas où le caractère obsessionnel de ma nature ne vous serait pas apparu dans toute son effroyable netteté, follohoueurs, follohoueuses de mon coeur, sachez que je ne me contente pas de lire attentivement : je note les plaques d’immatriculation des autos, les numéros de téléphone en lettres, comme « à mon époque » : Stéphane mon meilleur ami, c’était MAI (Maillot) 28 99. Pas encore de MAI dans Malet, ni de SAB (Sablons, comme chez moi) mais des GUT(enberg), des ETO(ile), des BOL(ivar), des ELY (sées). En conséquence de quoi, poursuivant mes lectures, je vais peut-être soigner mon nestorburmisme en vous en digressant les merveilles. Sur ce, bonne rentrée – et allez l’OM ! Baille ze ouais, cela n’est pas hors sujet, car les enquêtes de Burma l’emmènent aussi à Marseille.