Gaza et la paix civile en France

6 août 2014

 

La paix civile en France semble loin d’être assurée si l’on en croit les interminables échos intérieurs de la guerre israélo-palestinienne. Les identifications virulentes des uns (aux Israéliens luttant courageusement pour leur survie contre les barbares islamo-terroristes) et des autres (aux pauvres enfants palestiniens que les bombes tel-aviviennes viennent écrabouiller jusque dans leurs écoles) nous renvoient, de fait, à une histoire familière.

Faut dire qu’en matière de guerre civile on s’y connaît : s’il n’en finit jamais d’être trop tôt, selon le mot célèbre de Zhou Enlai pour évaluer les effets de la Révolution française, il en est de même sur les conséquences des guerres de religion, des guerres de région et des guerres sociales sur lesquelles notre unité nationale s’est fondée, communauté traversée de violences jamais acceptées, jamais digérées.

Dans ce contexte, les émotions des Juifs français (qui entendent, les larmes aux yeux, les cris de «mort aux juifs !» et ne peuvent oublier la bonne vieille tradition de l’antisémitisme français et sa malencontreuse rencontre avec le nazisme et son «détail» exterminateur) et des Arabes français (enfants de nos guerres coloniales, qui entendent parler de «ratonnades» avec un sentiment amer de déjà vu, si ce ne fut par eux mais par leurs pères) devraient nous inciter à un peu d’humilité et de retenue dans les admonestations vertueuses qui ont, par ailleurs, fait la preuve de leur inefficacité. Quand nos gouvernants dissertent savamment sur le fait que le conflit de Gaza («ne pas dire guerre», eût dit Flaubert dans son dictionnaire des idées reçues) n’a pas à être importé, ils oublient et ce passé, et ces émotions. Les comprendre ensemble – et non les unes contre les autres – nous ferait du bien si nous en étions capables et pourrait même se révéler fondateur d’une paix civile française. Cela contribuerait aussi à une pause dans cette compétition française interne (ethnique, nationale, sociale) pour déterminer qui est le plus sérieusement «victime» – pas vraiment une base de contrat social pour le vivre-ensemble, ni le meilleur moyen de rebondir à l’âge de la globalisation souriante ou non.