COMPAGNONS SECRETS

13 novembre 2013

La différence centrale entre les deux histoires est que le passager conradien (celui qui partage secrètement, dans le titre anglais, le Sharer) semble plutôt un double du capitaine inquiet, alors que le jeune Mano est le véritable « autre qui menace nos côtes et nos frontières. »

 

Là où le film est spécialement beau – et rejoint Conrad – c’est que « l’autre » est justement celui qui donne l’occasion au navigateur de se révéler à lui-même et à ceux qu’il aime. La fable (car c’en est une) va au-delà des évidences bienveillantes sur le « cœur » dont il est bon de faire preuve ; elle nous montre la place de l’autre comme miroir de nous-mêmes ; il est heureux que les auteurs du film n’aient pas forcé le message et le trait en faisant sauver le Blanc par le Noir ; de cette façon ils restent justes et nous laissent avec des sensations plutôt que d’inutiles leçons. Que nous soyons, sur mer ou dans la vie, comme le dit le jeune Mano, « en solitaire mais à deux » (ou plus) cela me semble une notation juste, nécessaire et délivrée ici sans prêchi-prêcha, sobrement malgré le tumulte des vagues.